Quand les mots politiques prétendent représenter les Français, que disent réellement les faits ?

Il suffit d’écouter quelques minutes un débat politique pour entendre surgir cette étrange personne collective : les Français qui pensent, réclament, condamnent et, fait remarquable, semblent toujours être d’accord avec celui ou celle qui prétend parler en son nom. Pourtant, les dernières élections législatives ont montré une France profondément divisée. Les élections législatives de 2024 n’ont donné à aucun parti ni à aucun bloc la majorité absolue des sièges à l’Assemblée nationale. Aucun parti ne peut donc sérieusement prétendre incarner l’ensemble du pays.

Cela ne signifie pas que les élus seraient illégitimes. Ils disposent d’un mandat et représentent la nation dans nos institutions. Mais représenter la nation ne donne pas le pouvoir de transformer sa propre opinion en volonté générale.

Pour rappel, les dernières élections législatives des 30 juin et 7 juillet 2024, au premier tour, le RN a obtenu 29,26 % des suffrages exprimés, l’Union de la gauche 28,06 % et Ensemble 20,04 %. Entre les candidats élus dès le premier tour, les éliminations et les nombreux désistements, tous les électeurs ne pouvaient plus choisir entre les trois grandes forces politiques. La répartition finale des sièges confirme surtout l’absence de majorité : l’Union de la gauche détenait 178 sièges sur 577, Ensemble 150, et le Rassemblement national 125, auxquels pouvaient être ajoutés les 17 élus classés dans l’Union de l’extrême droite.

Aucun des trois grands ensembles ne représentait donc, à lui seul, une majorité des électeurs ou des députés. Chacun pouvait légitimement défendre ses électeurs et ses propositions mais ne pouvait pas parler au nom de tous « les Français ». Dans ces conditions, un responsable politique peut dire : « Nous pensons », « Nos électeurs demandent », « Notre groupe défend ». Il devrait être beaucoup plus prudent lorsqu’il affirme : « Les Français veulent » car la question est de savoir quels Français évoque-t-il ? Ceux qui ont voté pour lui ou ceux qui se sont abstenus ? Et que fait-il des deux autres grands ensembles politiques qui, sur la plupart des sujets, défendent des orientations opposées ?

La division actuelle de la vie politique produit une situation nouvelle : chacun des principaux camps peut revendiquer une part importante du vote, mais chacun demeure minoritaire lorsqu’il est considéré isolément. Les Français ne parlent donc pas d’une seule voix. Ils parlent à plusieurs voix, parfois contradictoires, souvent inquiètes, et aucune ne peut effacer les autres.

Durant cette campagne, ce carnet cherchera moins à savoir qui affirme parler au nom des Français qu’à vérifier ce que les partis ont promis, ce qu’ils ont proposé et surtout ce qu’ils ont réellement voté car, en politique, les paroles comptent mais les votes restent.